Svizzera

 

Les Suisses et le Milanais: de simples mercenaires à conquérants (1494-1513)

di Raphael Sola

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I – Les mercenaires helvetique: une référence militare entre 1315 et 1515?

Entre 1315 et 1515, ce sont deux siècles de guerres qui se révèlent favorables au perfectionnement de l'évolution d'un nouvel ordre: les fantassins. À travers eux, les mercenaires suisses s'illustreront d’abord localment, puis sur tous les champs de batailles européens. Entre ces deux moments, une victoire et une défaite, nous pouvons considérer, tout le processus de développement du service étranger. Sa naissance, son climax et son déclin. Bien entendu, après 1515, les soldats servant un drapeau étranger continueront d'exister mais avec un dessein différent. Il ne s'agira plus de conquérir mais bien de prêter main-forte à une puissance afin de pouvoir récolter de l’argent.

Ce n'est pas seulement d'un point de vue militare que ces deux dates sont très importantes mais également d'un point de vue tactique. La première marque le long déclin de la cavallerie face à l'infanterie beaucoup plus mobile. Nous pouvons ici mentionner au moins deux raisons qui sont au centre d'un tel changement. Premièrement, il faut posséder de solides ressources finaciéres et provenir d'une famille de haut rang pour posséder un cheval et une armure. En Suisse, nombreux sont les soldats qui proviennent des campagne set qui n'ont, de ce fait, que leurs jambes pour se déplacer. Il leur est donc impossibile de pouvoir à de telles dépenses ce qui, naturellement, privilégie l'infanterie. Deuxièmement, l'attaque de la cavallerie est beaucoup plus ravageuse qu'une attaque de fantassins mais, si le cheval est tué ou le cavalier désarçonné, ce dernir doit renoncer à poursuivre le combat tant le poids de son armure limite ses mouvements. Il va ainsi vers une mort certaine.

 

 

Das sie gerade durch den Kampf zu Fuß gezwungen war, ihre Waffenrüftung zu verstärken, wurde sie schwerfällig und unbeweglich. Si Verlor namentlich, was schließlich ihr Wesen ausmachte, die attive Stosskraft – abgesessene Ritterschaft konnte kaum einen Angriff Durchführen – (…) (5)

 

 

L'année 1515 marque le début de la domination de l’artilerie sur l'infanterie. Pendant longtemps, les canons n'ont été que des soutiens à la cavallerie. Ce sera François 1er (6) qui, lors de la bataille de Marignan, fera de ces armes de guerres les véritables protagonistes de sa victoire. Je reprendrai, au chapitre suivant et dans les grandes lignes, le déroulement de la défaite suisse. L'infanterie a battu la cavallerie lors de la bataille de Morgarten en 1315, mai cette même in fanterie a subi la dure loi de l'artillerie 200 ans plus tard.

 

A) Les deux dates clés de cette référence: 1315 et 1515

Le traité signé le 9 décembre 1315, quattre semaines après la bataille de Morgarten qui voit les soldats impériaux affronter les Waldstätten, fixe la première référence de notre chapitre. Le Saint Empire veut recouvrer son pouvoir sur les cantons primitifs. Ludovic IV (7) pense que son armée doit combattre un ennemi faible qui oppose une résistance moindre. Il est donc inutile de prendre de grandes précautions. Il ne s'est pas aperçu que, depuis la mort de Rodolphe 1er de Habsbourg (8) en 1291, un changement d'esprit s'est opéré dans les mentalités helvétiques. Cela fait maintenant à peu près vingt-cinq ans (9) que le premier pacte entre confédérés à été signé. Ce jurement est véritablement la preuve tangibile des cantons primitifs de vouloir se libérer de la tutelle impériale. Lorsque les confédérés apprennent, à l’aube du 15 novembre 1315, les intentions de Ludovic IV, le signal est donné. Dans le défilé qui se trouve avant Morgarten, Uri, Schwytz et Niedwald infligent une défaite totale et définitive à l'Empire et montrent le lien forte et vrai qu'il esiste entre eux. Non seulement les Waldstätten ont mis en déroute les soldats germaniques mais vont jouir de plus en plus de l'immédiateté impériale. Le point fort du pacte est l’établissement et la coordination d’une politique comune à l'égard des forces extérieures.
"Aucun des trois pays (10) ne doit accepter l'autorité d'un seigneur sans l'accord des autres. Aucun ne doit conduire des négociations avec l'étranger ni conclure de traités à l'insu des autres" (11). Ce moment marque un tournant dans notre Histoire car la coalition à l'intérieur de la future Suisse a porté ses fruits.
La deuxième date marque la défaite des Suisses à Marignan, en 1515, face à de redoutables Français. Cette bataille est souvent évoquée comme "la bataille des géants" (12). François 1er va mobiliser, sous les remparts lombards, une armée forte de 30.000 hommes tandis que "l’armée suisse, qu'il est difficile d'estimer avec précision, pouvait computer 20.000 hommes" (13). La lutte est largement inégale puisque les Suisses font ancore confiance à leur in fanterie tandis que François 1er mise sur la cavallerie et l'artillerie. Ce qui a fait la grandeur des Suisses cause également leur leur perte car ils ont volu conserver "cette simplicité de combattre jusqu'au début du XVe siècle sans se préoccuper qu'une autre forme de guerre est née grâce à l'utilisation de l'artillerie qui allait complètement et brusquement les écraser" (14). On dénombre "environ 12.000 morts sur le champ de bataille, et il est certain que le plus grand nombre étaient des Suisses car c'étaient eux qui avaient toujours eu l'offensive" (15). Dès lors, les Suisses décident de rester dans leur pays et de ne plus entreprendre de grandes conquêtes. La défaite de Marignan a marqué un tournant, voir même "le" tournant, de notre politique extérieure.

 

B) La naissance du service étranger en Suisse

Entre ce deux dates, un moment important de l'histoire militare suisse est franchie. La manière de voir ces mercenaires aller servir une autre puissance va changer. Le service étranger officieux est, depuis toujours, fortement condamné. On retrouve, en 1397 déjà, un texte intercantonal punissant ce service: "les députés de sept cantons conclurent un concordat à Lucerne pour défendre, par des menaces sévères, les expéditions irraisonnées" (16). Sur ces 7 cantons, 5 sont des cantons-villes! En dépit de cela, le mercenariat officieux a presque toujours esisté; plusieurs groupes de jeunes soldsts se sont déjà engagés pour un autre pays. Cette situation se répète plusieurs fois entre 1401 et 1453. Autour de l'année 1474 (17), on peut dater le début du mercenariat officiel dans notre pays. Officiel signifie qui est soutenu par les cantons lors des diètes. C'est à partir de cette année que Lous XI (18) "sopprima les fantassins et commença à prendre des Suisses à sa solde" (19). Néanmoins, les Confédérés ont su aussi lutter ensemble contre '’ennemi exterieur (les Kybourg les Habsbourg ou les Ducs de Bourgogne) et leur ont infligé d'importantes défaites ce qui leur évitera, pendant longtemps, d'être importunés.

 

 

On sait quelle place allaient occuper à l'ouest de l’espace suisse les Zaehringen qui quadrillent une partie du plateau de leur réseau urbani Fortifié, et les Savoie qui assurent leur pouvoir par la maîtrise du Grand Saint Bernard, alors qu'à l'est les Hohenstaufen renforcent leur Domination établie par le contôle des cheminements routiers (20).

 

 

Face au ranger extérieur, il est intéressant de voir les Confédérés resserrer leurs liens afin de combattre pour une même cause. Cette technique s'est avarée payante puisque nombreuse sont les victoires qui ont été remportées. On peut succinctement rappeler les guerres le plus symboliques de cette domination qui leur ont permis de rester maîtres de leur territoire. Tout d'abord, le Saint Empire romain germanique subit l'ire des cantons primitifs puis des Confédérés à diverses reprises comme nous l'avons vu en 1315 à Morgarten, en 1386 à Sempach et à Dornach en 1499. La Bourgogne se confronte, également sans succès, à l'infanterie Suisse à plusieurs reprises. Laupen en 1399, puis sous la condite de Charles le Téméraire (21) à Grandson et Morat en 1476 avant que ce cerniere ne trouve la mort à Nancy en 1477 (22). Après avoir résolu les problèmes extrerne, il a été nécessaire de calmer les ardeurs des cantons qui, durant la fin du XIVe et jusqu'au milieu du XVe siècle, s'adonnent aux guerres de pouvoir à l'intérieur même de la Confédération en formation. Les cantons-villes veulent s'imposer aussi bien économiquement que militairement sur les cantos-campagnes qui se dèdendent tant bien que mal. Un de leurs moyens a été, pendant toute une période, d'interdire catégoriquement le service externe en y prétextant son inutilité. La rèalité est plus amère: Cela empêche une source de revenus indispensables aux cantons-campagnes. Dès le troisiéme quart du XVe siècle "il n'était plus possibile de contenir l'instinct si fort qui poussait à suivre les drapeaux étrangers" (23). C'est ainsi qu'un grand changement s'opère autour de 1480. Une crise profonde des structures de la production et de l'emploi sont à l'origine du mercenariat, de la mendicità et du vagabondage sous toutes ses formes (24)."“En même temps que des forces de travail étaient rendues disponibles dans les centres urbains, faute d'un débouché suffisant aux produits de l'artisanat, l'agriculture achevait de son côté une transformation axée sur la spécialisation dans l'élevage" (25). Le résultat ne se fait pas attendre. Les jeunes gens s'en vont à l'étranger offrir leurs services "sous la forme du service mercenarie, fustigé en termes sèvères par Zwingli (26) et bien d'autres après lui" (27). Il s'agit exclusivement d'hommes jeunes et robustes qui partent à la solde de puissance étrangères. Cet exode touche principalement les cantons-campagnes. Si la mannaie sonnante et trébuchante n'a pas été le facteur déterminant des prises de position des Confédérés à l'égard des grandes puissances, au sujet du mercenariat, on se gardera également da dire que "les cadeaux restaient sans influence sur les agissements de la diplomatie" (28).

 

C) Les mercenaires suisse

C'est donc par nécessité mais aussi par hasard que les mercenaires suisses se sont fait une place et un nom sur la scène internazionale. Par nécessité car, à la fin du XVe siècle, avec un "chômage" persistant, voire croissant, de plus en plus de jeune embrassent la carrière militare qui peut leur rapporter un débouché financier intéressant. Le but est de trouver une alternative à la difficile situation économique qui règne en Suisse; et par hasard, car beaucoup d'entre eux vont apprécier cette nouvelle vie et faire de ce service un véritable corps d'élite, bien armé et extrêmement bien entraîné. Le succes rencontré par les Confédérés vient du fait qu'une sorte de "service militare" voit le jour. C'est un temps durant le quel le jeune s'exerce, claque année, au maniement des arme set de la pique en particulier. Cet exercice est vital aussi bien pour le bon déroulement que pour l'issue de la guerre. Si dans un affrontement, la connaissance de l'utilisation des armes est importante, la disposition des troupes joue également un rôle de premier ordre (29). Non seulement les hommes sont prêts au combat, mais ils sont également une volontà de fer. "Les Suisses possèdent un moral exceptionel engendré par la vie dure, alimenté par le désir d'indépendance, poussé à son maximum par le sentiment d'invincibilité" (30). Il est un point qui, même si il est indépendant de leur volonté, jouera en leur faveur durant toutes les batailles qu'ils ont mené: "Sauf a Sempach et Arbedo, ils ne rencontrèrent jamais de grands chefs militaires capables de trouver à leur tactique une risposte appropriée" (31). C'est donc ainsi que les mercenarie poursuivent leurs combats victorieux. Il est intéressant de s'arrêter un istant sur les deux points principaux qui caractérisent l'armée helvétique, et qui en ont fait sa valeur et sa fierté, à savoir les arme set le combat. Ces deux aspects font non seulement parler d'eux à l'intérieur du pays mais également sur tout le continent. Beaucoup de légionnaires imiteront les Suisse, avec plus ou moins de succès, quant à la technique utilisée, ainsi que dans le maniement des armes et durant le combat.

 

1) Les armes

L'armement du mercenarie suisse du XVe et XVIe siècle est particulièrement riche. Jusqu'au début du XVe siècle, l'armement de base de notre in fanterie est constitué de la vouge qui a été supplantée par la hallebarde et la pique. A la bataille de l’Arbedo (1422), les piques on fait leur première apparition dans une proportion de 1/3, 2/3 par rapport aux hallebardes. Durant les guerres de Bourgogne, le nombre des deux armes s'équivalent, et ce ne sera réellement que pendant les guerres d'Italie (1495-1556) que le nombre de piques dépassera les hallebardes, au point de former ce que l'on appelle des carrés de piquiers (32). Chacune de ces armes peut être préférée selon le type de combat à mener. "Il ne nous semole pas déplacé d'avancer l'hypothèse selon la quelle l'homme de guerre suisse (…) sache adapter son armement aux circonstances" (33). Le capitaine de claque contingent choisit, le moment venu, la technique à sdopter et l'arme qui sera utilisée. On y trouve notamment:

 

 

Des armes blanches: piques, hallebardes, épées longues et courtes (…) quelques masses d'armes. Des armes de jet: avant tout des moellons dont on se sert lors de la défense des remparts (…) des armes défensives: la plupart des hommes sont casqués. L’usage de la curasse semole se gGénéraliser (…) des équipements de pionniers: haches et pioches, torches que l’on allume à des pots à feu, portés sur le dos, accrochés aux piques, chevaux de frisie (…) (34)

 

 

Si la bataille a lieu sur un champ ouvert et contre un ennemi qui utilise la cavallerie, le choix se posera sur les piques. Si, au contraire, la bataille est engagée contre l'infanterie on préférera la hallabarde. Les premières sont considérées comme des armes de choc. Elles mesurent trois mètres à la fin du XVe pour atteindre jusqu'à cinq mètres au début du XVIe (35). Elles sont généralement utilisées pour arrêter une charge de cavallerie ou forcer l'ennemi à reculer. Dans le deuxième cas, la hallebarde peut être préférée à la pique par le fait qu'elle permet d'asséner des coups de faille et d’estoc. Les Suisse préfère utiliser, là où le combat de mêlée est décisif, des coups d’estoc.
"La frappe de faille est plus lente, elle s'observe dans des situations où le combattant a le temps d'asséner son coup" (36).
Il reste néanmoins que ces armes restent portées en sus de l'équipement du mercenarie. Un soldat ne se déplace jamais sans son épée et son poignard. On voit donc que les mercenaires suisses ne sont plus des personnes inexpérimentées qui partent à la guerre pour fruir la pays mais bien des hommes prêts à engager le combat sur n’importe quel terrain.

 

2) Le combat

Avant de partir au combat, le mercenarie suisse prête serment au drapeau de sa patrie. Il ne faut pas oublier le rôle central (aussi bien affectif que religieux) joué par la bannière à cette époque. Elle représente le canton, le point de repère ainsi que le symbole de l'existence même de la troupe. Voici le texte récité sous le banneret:

 

 

Je veillerai sur la bannière.
Si le banneret tombe, je la saisirai,
Je l'éléverai pour qu'elle flotte ancore.
Si je suis blessé, je la tenderai à un camarade.
Je jure de ne jamais l'abandonner,
Ni le jour, ni la nuit, dans la joie
Comme dans la détresse, dans l'honneur
Comme dans la misère, jusque dans la mort. (37)

 

 

Le porte-drapeau joue donc un rôle crucial dans la bataille. Il est nommé au début du caombat mais si, comme le dit le serment, il est blessé ou tué, la bannière passe automatiquement dans les mains d’un compagnon. Ce dernier ne peut refuser cette charge. Le comportement à suivre, côté suisse, sur le champ de bataille est très exigeant mais permet une excellente cohésion au sein du groupe. Il n'est, par exemple, pas pensable de montrer des signes de faiblesse ou de vouloir quitter les rangs. Si cela doit se passer, le jugement est sans appel. Le mercenarie en question est puni, par ses co-légionaires, de la peine capital. Machiavelli, fin connaisseur de la manière de combattre des Suisses, nous confirme ici cette méthode peu orthodoxe mais très efficace.

 

 

(…) E se nel primo assalto ne muore alcuno, sempre ne morì; e uno buono capitano e uno buono esercito no ha a temere uno danno che sia particolare, ma uno generale: ed imitare i Svizzeri i quali non schifarono mai giornata sbigottiti dalle artiglierie, anzi puniscono di pena capitale quegli che per paura di quelle o si uscissero della fila o facessero con la persona alcuno segno di timore (38).

 

 

Je m'appuie sur le témoignage de Diebold Schilling qui a suivi avec attention, bien qu'avec, souvent, trop de passion, de nombreux combats pour décrire la formation helvétique. "La troupe (…) est caractérisée par la jeunesse des combattants et le dynamisme de sa marche" (39). Les Suisses ont toujours joui d'une tradition de grands marcheurs. Cirons, à ce propos, deux exemple illustrant les capacités de nos prédécesseurs. En juin 1476, pour se rendre à Morata fin de rejoindre les Confédérés, les Zurichois parcourent 220 km en trois jours! En 1513 pour aider Maximilien Sforza (40), les Suisses, qui sont passés par le Simplon (en majorité composés de Valaisans), ont fait 100 kilomètres en 24 heures (du Valais à Novare).
Arrivés sur le champ de bataille, les Confédérés se divisent en trois corps de combats composés de 5.000 à 10.000 hommes. Les structures ne sont pas sans rappeler la technique utilisée par les soldats de l'Empire romain, à cette différence qu'ils n'ont pas de bouclier. Ils forment des carrés qui occupent, pour un goupe de 5.000 combattants, une surface de 86m (58x1,5) X 86m (86x1). Il s'agit de 58 lignes et de 86 colonnes. On compte qu'un homme derrière l’autre occupe 1,5 mètre et, l'un à côté de l’autre, 1 mètre (41). Le premier corps, appelé le "Vorhut" (42), précède le gros de l'armée plus connu sous le nom de "Gewalthaufen" (43). Ce dernier est composé ainsi: le corps des hallebardiers entoure le drapeau et des piquiers forment le carré d'attaque. Le dernier groupe, le "Nachhut" (44), ferme la marche. Guicciardini nous rappelle à quel point le procédé du carré utilisé par les Suisses s'avère payant lors d’affrontements.

 

 

Les Suisses, nation fort belliqueuse qui avait, par une longue pratique du métier des arme set par maintes victoires éclatantes, renouvelé son antique renommée de bravure, se présentaient au combat en carrès ordonnés, avec un nombre déterminé d'hommes par rangée, et s'opposaient à leurs ennemi à la façon d’un mur, sans jamais sortir de la formation, inébranlables et presque invincibles pour peu qu'il combattissent dans un espace assez vaste pour pouvoir déployer leur escadron (45).

 

 

Machiavel n'est pas en reste sur l'admiration qu'il porte aux Confédérés et à leur manière de combattre. Pour lui il n'est point de meilleure technique que celle utilisée par ces soldats qui s'appuient sur l'exemple des cohortes romaines. Il faut également pouvoir disposer de bataillon qui peuvent se souvenir mutuellement en cas de besoin.

 

 

I battaglioni de' Svizzeri usano in questi tempi tutti i modi della phalange, così nello ordinarsi grossi e interi come nel sovvenire l'un l'altro; e nel fare la giornata pongono i battaglioni l'uno a' fianchi dell'altro; e, se gli mettono dietro l'uno all'altro, non hanno modo che il primo ritirandosi possa essere ricevuto dal secondo, ma tengono per potere sovvenire l'uno l'altro quest'ordine: che mettono uno battaglione innanzi e un altro dietro a quello in su la man ritta, tale che, se il primo ha bisogno d'aiuto, quello si può fare innanzi e soccorrerlo. (46)

 

 

En ce qui concerne la structure des troupes de combat, il est à relever qu'elle est composée, non pas d'une seule couche sociale, généralement la plus élevée, comme c'est le cas dans beaucoup d'armées mais, bien au contraire, de toutes les strates de la population. Il est important de comprendre la constitution du carré helvétique. Dans la formation des lignes sont alternés les gents de la ville et ceux de la campagne, tandis que dans celle des colonnes les hommes sont placé selon la corporation, le villane ou la ragion d'appartenance. Une telle stratégie permet non seulement de mélanger les ville set les campagnes, mais également d'aligner un novice auprès d'une persone expérimentée.
Lors d'une attaque, le "Vorhut", décalé sur la droite par rapporta au corps central, et le "Nachhut" décalé sur la gauche vont encercler l'ennemi par les côtés alors que le gros du bataillon l'affronte de face. Le but de cette tactique est double. Premièrement, les deux bataillons détaché peuvent encercler et surprendre l'adversaire pris en tenaille pendant que le troisième bloc, arrivant de face, leur barre le passage. Tel un filet, le piège se referme sur les ennemis. Deuxièmement des soldats arrivent, par vagues successives, renforçant ainsi le coeur de la bataille afin de leurrer l'adversaire sur la croissance continue des assaillants. Cette technique provoque la psychose et le découragement parmi les rangs adverses.
Comme il n'existe pas, au début des guerres d'Italie, de commandant en chef mais un "conseil de guerre", composé des capitaines (47) des différents cantons, chacun d'entre eux nomme son meneur.

 

 

Quand ils accordent des sodats (à une puissance étrangère) par décret public, les cantons eux-mêmes élisent en leur sein un seul capitaine général (par canton) auquel on remet, au nom de tous, les insignes de sa charge et la bannière (48)

 

 

Une fois la tactique mise au point, on fixe un lieu de rendez-vous et l'on confie le mouvement de claque troupe à un capitaine qui connaît plusieurs possibilités d'arriver à ce point de ralliement. "Ils sont, de ce fait, en mesure de prendre une série d'initiatives, en fonction des circostances ud moment" (49). Peu importe la manière, le but étant de se retrouver à l'endroit prévu.
Les capitaines marchent au milieu des fantassins et des piquiers pour se trouver au coeur même de l'action, pouvant ainsi encourager les troupes en cas de défaillance ou donner l'ordre aux enfants perdus de sortir du carré afin de tronquer les lignes adverses.

 

3) Les enfants perdus

Les enfants perdu sont des soldats qui sont sortis du carré d'attaque des Confèdérés (50) avant le premier impact et qui vont se poster devant les premières lignes alliées. Ils sont équipés d'une épée spécialement élaborée avec la quelle ils vont briser les lances adverses. Cette longue épée ondulée, appelée flamboyante, se tient à deux mains, et permet de faire face aux longues piques de l'armée adverse. L'historien Paolo Giovio, contemporain de ces évènements, nous donne une description très intéressante de la manière dont ces enfants perdus procédaient.

 

 

(…) Perioché tosto che si furono appressati, d'intorno a trecento straordinari giovani, i quali per la lode acquisatasi con pericolo grande si chiamavano prodighi della vita e perduti (enfants perdus) uscirono dall'uno e l'altro fianco dell'ordinanza e con le spade lunghe ch'essi reggevano a due mani cominciarono a tagliare quelle lunghissime picche. (51)

 

 

Leur sortie du carré permet de créer une brache dans le corps ennemi. Leur rôle est primordial. S'ils arrivent à détruire suffisamment de lances adverses avant que les deux armées ne se rencontrent, le combat est presque gagné. Le carré perd son effet compact et les mercenaires helvétiques peuvent alors s'engouffrer dans les rangs adverses. Les Confédérés attaquent et les soldats ennemis, submergés et désemparés per cette déferlante, sont tuès ou contraints de quitter le champ de bataille. La deuxième possibilità suivient lorque l'affrontement n'a pas donné le résultat escompté, et que les enfants perdus ont été tués ou lorsque, malgré leur pénétration, le bloc ennemi a résisté. Les armées se retrouvent bloquées l'une contre l'autre, piques contre piques, car les premières lignes subissent la pression continue de l'arrière garde qui pousse pour garder le carré le plus homogène possibile, rendant tout mouvement impossibile. C'est alors qu'interviennent les hallebardiers. Ces derniers, comme leur non l'indique, sont munis d'hallebardes qui leurs permettent, dans cette situation, de quitter le “Gewalthaufen” et de s’enforcer dans les flancs de l’armée adverse (52) et de dégorger la situation. Même dans ce deuxième cas de figure, le résultat tournait souvent en faveur des Confédérés, car ils restent groupés et accélèrent leur poussèe pour déstabiliser l'adversaire.

 

5

Eicher Hermann, Das Schweizerische Fussvolk im 15. und im Anfang des 16. Jahrhunderts, Zurich, Neue Zurcher Zeitung, 1905-1906, p.7.

6

Roi de France (1515 – 1547), cousin de Louis XII, il a diffusé la Renaissance en France après la bataille de Marignan, notamment en amenant Léonard de Vinci à sa Cour

7

L’empereur est Ludovic IV (1328 – 1347) mais couronné roi des Romains en 1314.

8

Rodolphe 1er de Habsbourg (1273 – 1291) a été, à sa mort, l’instigateur du serment du Grütli.

9

Selon la tradition, le 1 aoû 1291 Uri, Schwytz et Unterwald ont fait le serment, sur la plaine du Gruetli, de s’aider mutuellement en cas d’attaque extérieure.

10

Les 3 pays sont: Uri, Schwytz et Niedwald.

11

Marchal Guy Pierre, “Les racines de l’indépendance (401-1394)”, in Nouvelle Histoire de la Suisse e des Suisses, vol.I/III, Lausanne, Payot, 1982, pag.161.

12

Cette bataille s’est déroulée dans la nuit du 13 au 14 septembre 1515 à Marignan (aujourd’hui Melegnano), au Sud de Milan. Elle est surnommée ainsi par rapport non seulement au nombre d’hommes qui se sont affrontés (50.000) mai également car elle a opposé les deux armées les plus fortes du moment.

13

Frey Siegfried, “Les guerres du Milanais”, in ed. Colonel Marcus Feldman et Capitaine Hans-Georg Wirz, Histoire militaire… op. cit., p.377.

14

Brusten Charles, “Deux siècles d’Histoire militaire suisse: 1315-1515”, in publication du Centre européen d’études Burgondo-médianes, Basel, CEEB-M, 1987, p.58.

15

Frey Siegfried, op. cit., p.379.

16

Dierauer Johannès, Histoire de la Confédération Suisse, Lausanne, Payot, 1912, p.331.

17

Ibid.

18

Louis XI (1423-1483) roi de France de 1461 à 1483.

19

Machiavelli Niccolò, Le prince, ed. Fournel Jean-Lousi et Zancarini Jean-Claude, Paris, PUF, 1999, p.129.

20

Roulet Louis-Edouard, op. cit., p.83.

21

Charles le Téméraire, duc de Bourgogne (1433-1477).

22

Troso Mario, L'ultima Battaglia del Medioevo, Friuli, Edizione della Laguna, 2002, p.43.

23

Ibid.

24

cfr. Ibid.

25

Morard Nicolas, "L'heure de la Puissance (1394-1536)", in Nouvelle Histoire, op. cit., p.281.

26

Zwingli Ulrich (1484-1531) est prêtre et homme de lettres. Il poursuit presque le même idéal que Lüther. Il devient le premier prédicateur de Suisse. Il débute la réforme à Zurich en 1519 et, après une dispute avec les autorités, ces derniéres, convaincues, adoptent le culte réformé. Il se battra sut tous les fronts, aussi bien religieux que militaires pour faire adopter sa religion. Il trouve la mort lors de la deuxième guerre de Kappel en 1531 qui opposait les Catholiques aux Protestants.

27

Morard Nicolas, op. cit., p.281.

28

Dierauer Johannés, op. cit., p.329.

29

cfr. Brusten Charles, op. cit., p.50.

30

Idem, p.51. – Cette description est certe idylique mais elle reflète l’image du mercenaire Suisse que l’on avait à l’époque. Un rustre campagnard, volontaire et prêt à tout comme le dit Guicciardini: “Le nom de cette nation (la Suisse), si rude et si inculte, a été porté bien haut par l’union et la gloire de ses armes…” Guicciardini Francesco, op. cit., p.755.

31

Brusten Charles, op. cit., p.52.

32

cfr. Troso Mario, op. cit., p.42.

33

Reichel Daniel, "L'art de la guerre à la fin du XV siècle. Analyse de quelques procédés de combat utilisés par les Suisses", in publication du Comitato promotore, Milano nell'età di Ludovico Sforza, Milano, Archivio storico, 1983, p.190.

34

Idem, p.188.

35

Troso Mario, op. cit., p.41.

36

Reichel Daniel, op. cit., p.190.

37

Idem, p.189.

38

Machiavelli Niccolò, L'arte della guerra, ed, Bonfantini Mario, Milano, Biblioteca Treccani, 2006, p.449.

39

Schilling Diebold, Berner Chronik 1483, ed. Gustav Tobler, Bern, K.J. Wyss, 1897-1901, p.60. "L'auteur vécut de 1430 anviron à 1486; il participa vraisemblablement à la bataille de Grandson et connut, en sa qualité de greffier de l'Etat de Berne, de nombreux témoins des combats dont il donne une relation richement illustrée". Reiche Daniel, op. cit., p.192.

40

Maximilien Sforza (1490-1530) est le fils de Ludovic Sforza (1451-1508) et va régner sur le duché pendant deux ans (1513-1515) avant de se faire déposer.

41

Troso Mario, op. cit., p.42.

42

Le "Vorhut": litt. l'avant-garde.

43

Le "Gewalthaufen": litt. le corps principal.

44

Le "Nachhut": litt. l'arrière-garde.

45

Guicciardini Francesco, Storia d'Italia, vol. I/II, ed. Fournel Jean-Louis & Zancarini Jean-Claude, Paris, Robert Laffont, 1996, p.70-71.

46

Machiavelli Niccolò, L'arte della guerra..., op. cit., p.449.

47

Selon Reichel, le capitaine peut ègalement prendre le nom de sous-officier ou de lieutenent. Reichel Daniel, op. cit., p.187.

48

Guicciardini Francesco, op. cit., p.754.

49

Reichel Daniel, op. cit., p.194.

50

Appelé le Gewalthaufen.

51

Giovio Paolo, Historie del suo tempo, S.L., S.E., S.D., p.184.

52

cfr. Troso Mario, op. cit., p.103.

 
Mémoire de licence présenté
à la faculté des lettres de
l'Université de Fribourg (CH)

Les Suisses et le Milanais:
de simples mercenaires
à conquérants (1494-1513)


sous la direction du
Prof. Mario Turchetti

Chaire d'Histoire moderne,
générale et suisse.

Session juillet 2006

Année académique 2005-2006

di Raphael Sola
©
 

Introduction méthodologique

 

I

Les mercenaires helvétiques: une référence militaire entre 1315 et 1515?

 

A)

Les deux dates clés de cette référence: 1315 et 1515

 
B) La naissance du service étranger en Suisse

 

C) Le mercenaire suisse
 
1
2
3
Les armes
Le combat
Les enfants perdus

 

II

Contexe historique
 
A) L'Italie à la fin du XV siècle
 
1 Les cinq Etats dominants
Venise
L'Etat de l'Eglise
Le royaume de Naples
Florence
2 Le duchè de Milan de 1480 à 1495
B) Charles VIII et l'Italie
C) Louis XII sur le traces de son prédécesseur
D) Louis XIII à la conquete de Milan (1499-1500)

 

III

L'engagement des cantons dans le Milanais: le début des guerres d'Italie entre 1494 et 1513
 
A) La division interne
B) Le parti à prendre
C) De 1500 à 1513: une période de transition

 

IV

Milan et les Suisses en 1513
 
A) Prise de possession du duché (29 décembre 1512)
B) Mathieu Schiner: un role de premier ordre dans la conquete du duché
C) Le rapport entre Maximilien Sforza et les Suisses
D) La dernière victoire helvétique sur sol italien: Novara 1513

 

Conclusion

 

Bibliographie


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